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Une chaudière ou un incinérateur à bois au centre du Bourg d'Anost ?


Les dernières parutions des Nouvelles d'Anost (3ème et 4ème trimestres 2010) nous l'apprennent : l'objectif de la municipalité est que la chaufferie au bois, qu'il est prévu d'installer quasiment dans le centre du bourg, soit opérationnelle pour la saison de chauffe 2011-2012, autrement dit : octobre 2011.

Il est vrai que les chaufferies au bois sont devenues très tendance, à grands renforts de matraquage médiatique – réchauffement climatique, émissions de CO2 et autres gaz dits " à effet de serre ", etc.– entretenant la grande épouvante sur le devenir planétaire.
A grands renforts de subventions aussi

Mais pour parodier la phrase d'un général célèbre, " On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant ' la filière bois, la filière bois ' mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien ".


Les chaudières au bois sont-elles écologiques ?

Tout un chacun le sait, brûler du bois ne réduit pas les émissions de CO2 (dioxyde de carbone), mais au contraire en génère tout autant, si ce n'est davantage que brûler des combustibles fossiles. L'argument est toutefois que, puisque durant toute sa croissance l'arbre absorbe du CO2, le bilan est nul à l'issue de sa combustion qui en dégage. Mais c'est évidemment un raisonnement simpliste. Tout dépend de la longévité de l'arbre, et de la qualité de sa combustion. Une combustion de mauvaise qualité (venant d'un taux d'humidité excessif, par exemple) aura un rendement énergétique faible et dégagera une quantité de dioxyde de carbone bien plus importante pour produire la même chaleur que la combustion d'un bois sec et, a fortiori, d'un combustible fossile (gaz ou fioul). Si par ailleurs " la durée de vie du végétal " a été courte, il est probable que le bilan carbone sera défavorable.

Au reste, le raisonnement qui consiste à considérer que le bilan de la combustion d'un arbre est neutre, alors que celui de la combustion d'un carburant fossile ne l'est pas, est spécieux. Que l'on brule un carburant fossile ou un arbre (participant de la " biomasse " pour utiliser le vocabulaire écologique en vogue), on dégage du CO2 de toute façon. Si l'on utilise du charbon par exemple, rien ne s'oppose à ce que simultanément on plante quelques arbres qui réabsorberont le CO2. A l'inverse, quand on brûle un arbre, rien ne garantit qu'on en replantera un autre, ni même que cet autre arbre absorbera au cours de son existence la quantité de CO2 émise par la combustion du premier.

Ainsi, dans la réalité, tout dépend de la qualité du déchet de bois utilisé comme combustible. C'est là le point essentiel. Mais le membre du conseil municipal auteur du rapport publié par Les Nouvelles d'Anost (3ème trimestre 2010) n'y consacre pas une seule ligne, pas un seul mot. S'en est-il seulement soucié ?

En Morvan, il suffit de se promener ici et là en forêt, ou dans ce qui reste de certaines d' elles, pour constater l'extraordinaire abondance des déchets résultant des coupes de bois, les " rémanents ", les souches, etc. Pour la France entière, on évalue cette masse à 20 millions de tonnes par an, masse sur laquelle 250 000 tonnes seulement auraient été exploitées en 2009.

Seulement voilà, le hic est que ce type de déchets de bois a en général un taux d'humidité élevé, de l'ordre de 65%. Il existe bien sûr des solutions ; l'une, évidente, est le séchage – mais qui dit séchage sans coût énergétique supplémentaire, dit stockage pendant " un certain temps " à l'abri des intempéries –, l'autre, plus élaborée, passe par l'utilisation de chaudières à combustion sur lit de sable, installations industrielles dans lesquelles une température élevée est maintenue en permanence de façon à sécher les déchets, presque instantanément avant leur combustion effective. Mais alors l'investissement est bien plus lourd, et ce type d'installations est par nature destiné à chauffer de très grands volumes ou de nombreux locaux.

Selon les estimations d'AMAC, la forêt morvandelle représente environ 110 000 ha, soit 40% de la superficie totale du massif du Morvan. La filière bois en Morvan semble inéluctablement muter du feuillu vers le résineux, le douglas étant finalement devenu le moteur de l'exploitation forestière. Et Lucienne Haese, présidente d'Autun-Morvan-Ecologie déplore : " les coupes à blanc, défigurant les paysages et les plantations de douglas en rangs d'oignons, alors que le Morvan est tout à fait adapté à une belle forêt mélangée qui serait économiquement rentable aussi ".

Autre évolution. Les bucherons, qui jadis laissaient nos forêts bien propres, sont devenus rarissimes ; désormais on n'aperçoit plus guère leurs belles piles de bois, et bien plus souvent les entassements de grumes que des engins gigantesques ont fait dégringoler jusqu'au bord des routes. Ensuite il faut nettoyer, remettre les chemins en état… Qui va payer ? Evidemment, si les communes ou les collectivités locales s'équipent avec ces fameuses chaudières à bois déchiqueté, une partie de la charge – brûler les déchets – leur sera transférée.
Dans la pratique, les chaudières à bois déchiqueté installées dans les bourgs du Morvan serviront surtout à brûler les déchets laissés par les coupes à blanc de douglas et autres résineux dont l'exploitation est devenue intensive, et ultra mécanisée (selon l'association Autun-Morvan-Ecologie, les plantations de résineux représentent actuellement plus de 50% de la superficie forestière, contre 28% en 1978).

 

Les chaudières au bois sont-elles rentables ?

Les chaudières à bois déchiqueté sont-elles rentables ou " compétitives " comme on dit aujourd'hui ? Difficile à savoir. En tout cas le compte d'exploitation de la chaudière à bois de la Maison du parc du Morvan n'est pas sur la place publique.

Il existe pourtant un certain nombre de paramètres bien connus qui permettent de singulièrement tempérer l'enthousiasme des tenants de ce mode de chauffage, et dont l'essentiel peut être résumé en trois points.

1° Pour fonctionner avec un rendement suffisant (du point de vue thermique et, évidemment aussi d'un point de vue écologique, puisque les faibles rendements thermiques contribuent davantage à la production de CO2), le bois utilisé doit avoir un taux d'humidité inférieur à 11% ; on obtient alors un pouvoir calorique supérieur à 4500 kWh par tonne. C'est un niveau qui ne peut pas être atteint par un bois fraichement coupé (à moins d'un traitement intermédiaire, qui de toute façon consommera de l'énergie). Il faudrait donc stocker, à l'abri de l'humidité, des volumes considérables de déchets de bois avant de les utiliser !

2° Les plaquettes de bois déchiqueté, de par leur provenance aléatoire (de n'importe laquelle des coupes), sont par nature un combustible de qualité variable, (selon les essences, le taux d'humidité, etc.) et donc leur utilisation nécessite une surveillance et un réglage constant des chaudières, ce qui accroît substantiellement les frais d'exploitation.

3° Comme le note le site de Bois Energie 66 : " une bonne combustion du bois est conditionnée par le triptyque suivant : une installation performante et cohérente, un combustible adapté et de qualité, un utilisateur averti et impliqué. ". Tout un programme.


L'installation d'une chaudière au bois dans le centre du bourg d'Anost est-elle un bon choix ?

La localisation retenue pour la chaudière au bois d'Anost - au centre du bourg - va entraîner un certain nombre de nuisances pour les riverains.

1° Les fumées seront dégagées quasiment au centre de la cuvette que forme le bourg où elles risquent de stagner en l'absence de vent, ou d'être dispersées, de manière quasi aléatoire sur les habitations.

2° Le dispositif mécanique d'alimentation de la chaudière (montée des déchets sur la trémie soit par un système de vis sans fin, soit par un tapis roulant) va générer du bruit qui sera entendu par tout le voisinage, en particulier la nuit, lorsque le niveau sonore ambiant est quasi nul.

En 2008, AMAC avait déjà exprimé ses réserves auprès de la mairie quant à ce projet – ce qui lui a d'ailleurs valu la perte de sa subvention.

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